J’aime beaucoup le site pecheaveyron.com,
et je viens souvent y faire un tour. J’y ai virtuellement
rencontré beaucoup d’autres pêcheurs, tous
sympathiques (et particulièrement Bruno CHASSERIAUD),
et qui, je crois, ont comme moi le soucis majeur du respect
de la nature. J’ai donc voulu apporter une petite contribution.
La pêche des carnassiers aux leurres
est une technique que j’ai découvert il y a peu
et comme toujours je m’y suis d’abord intéressé
par la lecture. C’est de là que m’est venu
l’idée de rédiger l’article qui
suit.
Vous trouverez donc quelques éléments
sur la technique proprement dite ainsi que sur la matériel
qui convient de posséder. Je n’est aucunement
la prétention de détenir une quelconque science
en la matière (je n’ai pas essayer toutes les
cannes ni tous les leurres du marché), et je pense
que d’autres amateurs ayant plus d’expérience
que moi, donneraient de bien meilleurs conseils. Toujours
est-il que ce qui m’a le plus passionné, c’est
de comprendre la genèse de ce mode de pêche,
c’est pourquoi je développe pour une bonne part
un premier chapitre traitant de l’histoire des leurres
pour laquelle, il y a, bien évidemment, énormément
plus à dire.
Prendre des carnassiers avec des leurres,
c’est toujours surprenant et enthousiasment et les prises
sont souvent au rendez-vous. Donc lisez bien et surtout pêchez
bien.
Nicolas Campagne (NicolasC
sur le forum)

Une boite avec
quelques leurres.
Depuis peu, la pêche aux leurres connaît
un véritable succès. Beaucoup de pêcheurs
aux carnassiers, en mer comme en rivière, délaissent
les techniques traditionnelles tel que la pêche au vif
ou inversement celle au poisson mort manié, et ils
s’équipent en poissons-nageurs et autres leurres
souples. Depuis avril 2003, une revue est même entièrement
consacrée à cette technique.
Comment expliquer cet engouement ? Les raisons
sont diverses et multiples, mais celles qui priment certainement
sont la facilité de mise en œuvre comme nous le
verrons ci-après ainsi que le ludisme de cette technique
qui garde, tout de même, un rendement important. En
effet, il est toujours surprenant de tromper un poisson à
l’aide d’un simple morceau de plastique même
si celui-ci, il est vrai, ressemble, parfois à s’y
méprendre, à une proie naturelle. De la même
manière, par exemple le traqueur de sandre est quelque
fois étonné de cueillir dans les mailles de
son épuisette une belle perche ou tous autres carnassiers
qui n’étaient pas sensés mordre à
ce moment là et sur ce leurre là.
D’autre part, la pêche aux leurres
se singularise des autres techniques, par sa pluralité
quant au choix des leurres. En excluant la pêche à
la mouche, qui n’est pas ici notre propos, on trouve
dans le commerce un grand nombre de types de leurres. Poissons-nageurs,
cuillers, leurres souples, leurres américains …
se distinguent les uns des autres par leurs formes, leurs
couleurs mais surtout par leurs nages et les vibrations qu’ils
émettent.
Il convient, me semble-t-il, d’étudier
différents aspects de la pêche aux leurres des
carnassiers en rivière. Notons d’abord que nous
concentrerons notre propos essentiellement sur quelques espèces
de poissons : brochet, sandre, perche et blak-bass. Nous reviendrons
donc sur l’histoire de cette méthode de capture,
sur le matériel nécessaire, ainsi que sur les
différents types de leurres et leurs modes d’action.
Petite histoire
de la pêche aux leurres.
Les poissons-nageurs.
La pêche aux leurres bien qu’aujourd’hui
très à la mode, est une technique ancienne.
En effet, Izaac Walton, dans son ouvrage Le parfait pêcheur
à la ligne, mentionne, en 1653, l’invention d’un
poisson artificiel destiné à la pêche
de la truite. Il s’agit d’une imitation de vairon
confectionné à la main par une femme : «
la masse ou corps du vairon fut faite de drap et préparée,
comme ceci à l’aiguille : le dos du vairon étant
en soie de France d’un vert très sombre et d’une
soie verte plus pâle à l’approche du ventre
et ombrée aussi parfaitement que vous pouvez l’imaginer
et tout comme vous voyez dans un vairon véritable ;
le ventre aussi construit à l’aiguille et une
partie était de soie blanche et une autre faite de
fil d’argent ; la queue et les nageoires venaient d’un
tuyau de plume d’oiseau, lequel tuyau avait été
taillé très mince ; les yeux étaient
formés de deux petit grains noirs et la tête
si bien ombrée et le tout si curieusement travaillé,
si exactement reproduit que, dans un courant rapide, il pouvait
tromper la truite aux regards les plus pénétrants.
» Ce passage montre, comment il y a 350 ans, les pêcheurs
avaient compris l’intérêt d’un leurre
imitant un poisson ainsi que son efficacité.
Un autre leurre rencontre un certain succès
au XVIIIème siècle : le poisson d’étain
constitué, comme son nom l’indique, d’étain,
mais aussi d’un morceau de liège recouvert d’une
peau de poisson. Mais se sont les anglo-saxons, véritable
adeptes de la pêche sportive de loisir, qui vont développer
le concept des poissons artificiels.
Vers 1800 le « Phantome Minnow »
fait son apparition dans le panier des pêcheurs britanniques.
C’est un poisson avec la tête et les nageoires
en mental fixées sur un corps en soie. En France, sous
le Second Empire, c’est un leurre au nom évocateur
qui remporte un gros succès : « le tue-diable
». Il s’agit très simplement d’un
plomb ovoïdal recouvert de soie pour figurer le corps
et entouré de fils d’argent ou d’or, et
qui est « une chose qui n’a point d’analogue
dans la nature, mais qui brille beaucoup » selon Henri
de La Blanchère.
En 1874, c’est aux Etats-Unis que sont
fabriqués les premiers leurres brevetés en bois.
En 1880 du verre sert à la fabrication du corps et
en 1883 les premières peintures sont utilisées
pour recouvrir certains leurres. En fait, bien qu’il
n’est pas laissé dans l’histoire un souvenir
aussi impérissable qu’un autre fabricant de poissons-nageurs
(Lauri Rapala dont nous allons reparler), c’est bien
James Heddon que l’on peut considérer comme le
premier manufacturier de ce type de leurres en bois, installé
dans le Michigan.
Depuis l’évolution a été
très rapide du point de vue technique. En effet, en
1907 sont construits les leurres articulés, en 1917
ceux en Celluloïd et c’est en 1936 que Lauri Rapala
lance sur le marché des poissons-nageurs à bavette
confectionné en balsa. Ce dernier, qui pêche
les grands carnassiers sur les très nombreux lacs finlandais,
a observé que les poissons s’attaquaient plus
volontiers à des proies à la nage erratique,
en fait, à des proies faibles ou blessées. En
sculptant dans le balsa ses leurres, Rapala va faire en sorte
de reproduire le plus exactement possible ces comportements
et c’est pourquoi, encore aujourd’hui, ces poissons-nageurs
« traditionnels » restent aussi efficaces et recherchés
par les pêcheurs (La firme Rapala dans son rapport annuel
de 2002 annonce un chiffre d’affaire de près
de 180 millions d’€uros).

Lauri Rapala (source
:rapala.com).
Actuellement les différents fabricants
rivalisent d’ingéniosité afin de rendre
les poissons-nageurs toujours plus preneurs. L’utilisation
du plastique permet certaines innovations importantes telle
que l’incorporation de billes internes émettant
du son. En fait, les densités, les couleurs, les formes,
les types de nage, font des poissons-nageurs d’aujourd’hui
des objets de haute technicité mais qui gardent un
but équivalent à celui de 1653 : tromper la
vigilance des carnassiers à partir d’une imitation.
Les cuillers et autres leurres.
Les poissons-nageurs ne sont pourtant pas
les seuls leurres à être utilisés pour
la traque des carnassiers. On trouve chez tous les bons détaillants
d’articles de pêche, une multitudes de leurres
souples, de leurres hybrides, mais aussi et surtout des cuillers
tournantes ou ondulantes.

Gravure du Nouveau Dictionnaire
des Pêches 1885.
(Source : Autrefois la pêche en eau douce).
C’est certainement un écossais
(encore un anglo-saxon) qui le premier a inventé la
cuiller pour la pêche des grosses truites de mer. Nous
ne connaissons pas la date précise de cette invention
(probablement au cours de la première moitié
du XIXème siècle) mais elle est signalée
pour la première fois dans le Nouveau dictionnaire
général des pêches de La Blanchère
en 1885 : « Figurez vous la partie creuse d’une
cuiller à dessert coupée près du manche
; percez un trou en haut pour y passer une corde filée
et une grappe d’hameçons pendant sur la cuiller
et mettez-y une seconde grappe d’hameçons, pendant
cette fois dans le vide. Attachez à 0.20 m au dessus
de la cuiller deux bons et solide émerillons. Faite
que la cuiller soit brillante comme de l’argent ou de
l’or et lancez la dans la cascade ». Cette engin
de pêche reste très approximatif, et il s’agit
d’avantage d’une cuiller ondulante que tournante
; de plus elle présente un gros inconvénient,
il faut lourdement la plombée (30 ou 40 grammes) pour
pouvoir la propulser à une distance convenable avec
les cannes de cette époque. Enfin les moulinets à
tambour tournant, qui ne sont rein d’autre que de véritables
« treuils », et une soie d’un diamètre
important ne facilitent pas la récupération
si importante pour la pêche au lancer. On peut en déduire
que les premières cuillers ne sont pas des plus discrètes,
mais les auteurs affirment leurs efficacités.
Etrangement, les progrès ne vont pas
naître directement du leurre lui-même, mais des
moyens pour le propulser. En effet dans les années
1930, l’apparition du moulinet à tambour fixe
donne un nouvel élan à ce type de pêche
: « Dés lors tout change. La facilité
avec laquelle la ligne sort du nouveau moulinet et s’immerge,
la délicatesse du frein, permettant un allégement
considérable de l’ensemble ligne, leurre, plomb
» écrit le colonel François dans son ouvrage
intitulé Toute les pêches sportives.

Le Malloch à
l’origine du moulinet à tambour fixe, 1895.
(Source : Autrefois la pêche en eau douce).
Ainsi et de manière concomitante
la cuiller avec une plombée en tête est mise
au point. En plus de la plombée sur la cuiller elle-même,
les cuillers modernes ont la particularité d’avoir
un axe fixe de rotation grâce au perçage de l’extrémité
haute de la palette qui tourne librement sur une tige métallique.
Un livre publié en 1927 et rédigé par
Preskawiec, L’ABC des pêches sportives en fait
la description suivante : « La rotation est facilitée
par une perle métallique (jamais en verre) sphérique,
maintenue en position par une autre perle plus petite serrée
et soudé sur le fil de laiton ».
Enfin un dernier point retient toutes l’attention
des pêcheurs autant que des concepteurs de cuiller :
la couleur. A l’origine simplement dorées ou
argentées puis durant la seconde moitié du XIXème
dorées sur la partie convexe et argentées sur
la face concave, les cuillers, devant la méfiance grandissante
des poissons, vont être colorées et utiliser
des matières nouvelles. En 1900, la société
Wyers Frères lance la cuillère en nacre, «
La Pirate », et en 1930 on en trouve, dans le commerce,
avec un pompon rouge sur l’hameçon. Mais sont-elles
utilisées pour la pêche des carnassiers ?

Bien que d’abord élaborées
dans la perspective de prendre des truites, les cuillers tournantes
et ondulantes ont vite fait leurs preuves sur le brochet ou
la perche, le sandre ne se laissant que plus rarement prendre
à la cuiller. En 1893, un article de la revue Etangs
et Rivières explique le mode opératoire de la
pêche des carnassiers à la cuiller en bateau,
le tout agrémenté d’une très belle
peinture d’un brochet capturé par ce type de
leurre (ill. ci-dessus) . De même, la publicité
de la cuiller en nacre citée précédemment
n’oublie pas ce point : « On a constaté
que dans des eaux claires où le brochet ne faisait
plus attention à la cuiller en métal, il se
jetait au contraire avidement , ainsi que la perche, sur la
cuiller en nacre ». Enfin, dans L’ABC des pêches
sportives, on trouve écrit à propos du pompon
: « On a pu, en eau très claire, constater que
des perches et des brochets happaient souvent la palette seule
si l’hameçon n’était pas empenné,
ce qui occasionné de nombreux ratés ».
Aujourd’hui, les cuillers tant ondulantes que tournantes
arborent des couleurs fluorescentes et des mouvements très
attractifs, ce qui fait dire à Jean-Luc Faure, le PDG
de la célèbre société Mepps :
« … il paraît difficile d’optimiser
la qualité de rotation de nos cuillers. Toutes les
mesures et analyses effectuées de manières scientifiques
ont confirmé la parfaite optimisation des palettes
en terme de rotation et de fréquences vibratoires ».
Ces propos n’exclut pourtant pas des progrès
futurs et J-L Faure rajoute : « En revanche, il est
encore possible d’optimiser les différents stimuli
de nos leurres en fonction de l’évolution de
nos connaissances des mœurs des poissons ». Bref
les cuillers ont encore de beaux jours devant elles.

Le souplex, un leurre souple très
imitatif.
Un grand nombre d’autres leurres ont
été mis au point afin de mystifier les carnassiers
à différentes époques et dans différents
pays. Nous ne pouvons pas tous les citer, même s’il
est à noter l’importance des leurres souples.
A l’origine, dans l’esprit des concepteurs, il
s’agit de reproduire le plus fidèlement possible
des proies existantes. C’est ainsi que dans les années
1930 que les pêcheurs français vont découvrir
le « Souplex » et surtout le « Pike couic
». Le premier est disponible en quatre tailles (n°1
à 4) de 12 à 4.5 cm afin de pouvoir pêcher
tous les types de poissons. Il est d’un coût élevé
puisqu’il faut débourser 7,50 francs pour l’acquérir,
mais cela en vaut la peine : il est « fabriqué
en matière souple et résistante, sa forme et
son coloris lui donnent l’aspect d’un poisson
naturel ». Le second, dont l’inventeur est le
célèbre Louis Perrot, fabriquant dans le Vème
arrondissement de Paris, affirme que son leurre est «
le sosie du poisson naturel », que c’est «
le seul leurre ayant l’aspect, l’allure et la
consistance du poisson vivant ». Sa nage renforce ce
sentiment de similitude avec la réalité car
grâce à ses matières, il est « souple,
ondulant, vibrant, vivant ». Aujourd’hui, les
matières utilisées dans la fabrication des leurres
souples sont remarquables par leurs souplesses, leurs densités,
ou leurs coloris. Assez bizarrement, le plus important n’est
plus la ressemblance absolue avec la réalité,
c’est pourquoi on en trouve de toutes formes (queue
plate, ver…) et surtout de toutes les couleurs notamment
des plus inattendues (à l’instar de ce que nous
avons déjà décrit pour les cuillers),
fluorescentes voir holographiques.

le Pike Couic. A noter
qu’il est équipé de 3 hameçons
triples.
Pour conclure, nous pouvons dire que l’histoire
des leurres est ancienne et diverse. Les progrès techniques
des dernières années ont relancé la fabrication
de nouveaux leurres très innovants, très efficaces.
On peut raisonnablement penser que le chemin ne s’arrête
pas là, et que l’imagination des pêcheurs
permettra de nouvelles avancées.
|