LES INSECTES AQUATIQUES de MILIEUX PARTICULIERS.
Un milieu lotique particulier : le milieu
madicole
Près des torrents et des cascades, de fins films d'eau,
de moins de deux millimètres d'épaisseur, s'écoulent
le long des rochers, les laissant constamment humides. Dans
ce milieu, appelé madicole ou hygropétrique,
vivent des insectes aquatiques qui se tiennent collés
au substrat de pierre ou parmi les algues accrochées
sur ces parois ruisselantes. Des larves de Diptères
sont particulièrement bien adaptées À
la vie dans ces milieux et constituent plus de 60 % de la
faune observée. Ces insectes affichent des adaptations
morphologiques particulières. Ainsi, les larves de
Psychodïdae du genre Pericoma, celles de certains Ceratopogonidae
du genre Atrichopogon, ou celles de Hermione (Stratiomyiidae),
sont nettement aplaties, permettant un écoulement de
l'eau sur leur surface. Certaines larves de forme cylindrique
disposent d'un artifice pour vivre dans un film d'eau : elles
sont réfugiées dans un fourreau aplati. C'est
le cas de la larve des Trichoptères du genre Stactobia
et du Diptère Limoniidae, Taumastoptera calceata. La
forme aplatie n'est cependant pas une condition indispensable
à la vie dans ces milieux. Les larves du Diptère
Stratiomyiidae, Hermione torrentium, qui se tiennent parmi
les mousses le long des parois (milieu bryomadicole) ont une
forme cylindrique. Les adaptations de l'appareil respiratoire
à ce type de milieu sont très variées.
Certaines larves sont plus ou moins dépourvues de branchies
en raison de la très forte teneur de l'eau en oxygène
favorisant la diffusion de cet élément à
travers la cuticule de la larve. Mais d'autres larves, comme
celles des Psychodidae et des Stratiomyiidae ont une respiration
aérienne.

Les insectes aquatiques des eaux saumâtres.
Les insectes aquatiques vivant dans l'eau
de mer sont rares, car le milieu marin n'a pas été
colonisé avec autant de succès que le milieu
continental. Cependant, nombre d'insectes ont colonisé
avec succès les eaux saumâtres, maritimes ou
non, parfois plus chargées en sel que l'eau de mer.
La vie dans un tel milieu nécessite des adaptations
physiologiques pour pouvoir supporter une pression osmotique
plus élevée.
De nombreuses espèces de Diptères aquatiques
et subaquatiques y vivent. C'est le cas chez les Ceratopogonidae
: certaines larves de Culicoides vivent dans les boues saumâtres
des bords des étangs littoraux. Des moustiques habitent
également ces milieux. Pas moins de 9 genres de moustiques
possèdent des espèces dont les larves vivent
dans les environnements saumâtres. Les Coléoptères
sont bien représentés dans les eaux saumâtres.
Le Dysticidae, Nebrioporus ceresyi, est commun dans les étangs
littoraux du Languedoc. Il s'agit d'un prédateur qui
consomme de petites larves de Diptères et des Crustacés.
Plusieurs espèces de Enochrus et de Berosus comsomment
les plantes aquatiques de ces étangs. La vase du bassin
d'Arcachon est un habitat de prédilection du Coléoptère
Heterocidae, Augyles maritimus, qui y habite en petites colonies.
Avec ses pattes en forme de râteau, il creuse des galeries
dans la boue.
Parmi les milieux salés, il faut citer également
le cas particulier des cavités de rochers ou "rockpools"
submarins. Sur les côtes rocheuses du Cotentin, de Bretagne,
mais aussi de Provence se forment de petites mares dans les
dépressions des rochers côtiers. Sous l'effet
conjugué de l'apport des embruns et de l'évaporation,
le sel s'y concentre. Dans les mares à salinité
moins élevée que l'eau de mer, habitent deux
espèces de Ochthebius, qui appartiennent à la
riche famille des Hydraenidae. Ochthebius lejolisii fréquente
les cavités des rochers côtiers de l'Atlantique,
alors que Ochthebius subinteger habite ceux de la Méditerranée.
Ce sont de très petits coléoptères aquatiques
tout à fait caractéristiques de ces habitats
marins. Ils se nourrissent probablement d'algues microscopiques.

Les insectes aquatiques des sources.
Les sources forment un habitat aquatique
particulier, différent des autres milieux. Il s'agit
en fait de l'interface entre trois milieux : le sous-sol,
le milieu aquatique et le milieu aérien, La biodiversité
des insectes y est le plus souvent pauvre, maisquelques espèces
vivent exclusivement dans cet habitat. D'une façon
générale, les sources offrent l'avantage d'être
des biotopes d'une grande constance sur le plan physico-chimique,
surtout si l'eau provient d'une nappe aquifère profonde.
La température de l'eau à l'exsurgence est voisine
de la température moyenne annuelle de l'air. Dans les
régions tempérées, les sources sont donc
froides en été et relativement chaudes l'hiver.
Le débit varie peu ou pas et le substrat est constant.
Il existe en fait trois types de sources, chacune possédant
des compositions faunistiques très différentes.
Les sources limnocrènes ont des mares ou des étangs
formés là où l'eau émerge du sol.
Les sources holocrène sont des zones marécageuses
constamment humides, au sol spongieux, situées sur
le sommet d'un plan aquifère ou sur des pentes où
l'eau suinte. Les sources rhéocrènes sont les
sources "classiques", leur eau jaillit du sol et
s'écoule immédiatement de manière lotique,
souvent en se déversant dans un bassin, qui déborde
ensuite pour former un ruisselet.
Dans les bassins des sources rhéocrènes vivent
quelques insectes aquatiques spécialisés, comme
le Plécoptère Leuctra nigra ou le Coléoptère
Dytiscidae, Hydroporus ferrugineus. Ce dernier se tient sous
les pierres et ne quitte guère cette protection, à
tel point qu'il a perdu la capacité de voler. Sa respiration
se fait, au moins en partie, à travers la cuticule
des élytres.
Dans les bassins des sources rhéocrènes des
Pyrénées occidentales habite le rare et esthétique
Rhïthrodytes bimaculatus, un petit Coléoptère
Dytiscidae qui peut être abondant dans les bassins des
sources de l'étage subalpin. Lors des fortes pluies
d'orage qui s'abattent régulièrement sur le
Pays Basque, il est parfois entraîné dans le
ruisseau.
Les sources limnocrènes et holocrénes abritent
une faune qui comporte également de nombreuses espèces
non spécialisées dans ce type de milieu. Si
une exsurgence apparaît sur un substrat sableux, on
trouvera à cet endroit précis en abondance le
petit Yola bicarinata. une mare alimentée par une source
abrite habituellement Haliplus lineatocollis, un Coléoptère
Haliplidae qu'on ne trouve normalement que dans les eaux courantes,
mais qui se rencontre aussi dans les mares et bassins s'ils
sont alimentés par un écoulement ou une exsurgence.
Un petit Elmidae, Esolus parallelipipedus, fréquente
les sédiments immergés des rivières dans
les zones non colmatées. Ces zones sont alimentées
en eau par le sous-écoulement ou les nappes souterraines
associées à la rivière, c'est à
dire des sources holocrènes d'un type particulier,
car associées à l'eau courante.
Insectes aquatiques du milieu souterrain
et interstitiel
Rares sont les insectes aquatiques qui sont parvenus à
vivre dans les milieux souterrains. Dans notre pays, seuls
deux Coléoptères aquatiques ont des murs
exclusivement souterraines. Il s'agit des deux seules espèces
connues de Dytiscidae du genre Siettitia. Le premier, Siettitia
balsetensis, présente les caractéristiques des
invertébrés souterrains : il est décoloré,
ses soies sensorielles sont bien développées
et ses yeux sont extrêmement réduits et probablement
non fonctionnels. Les trachées de ses élytres
sont bien développées et il absorbe certainement
l'oxygène dissous à travers sa cuticule. La
seconde espèce, Siettitia ayenionensis, présente
les adaptations caractéristiques à la vie souterraine.
Elle habite dans le milieu interstitiel des nappes aquifères
superficielles de la vallée du Rhône où
elle fut découverte par pompage. Un exemplaire a aussi
été découvert dans une résurgence
dans les gorges de l'Ardèche. Elle n'est abondante
que pendant certaines périodes, lorsque l'oxygénation
et l'apport de nutriments sont suffisants.

Siettitia balsetensis Photos P.Richoux
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