A l’Hospitalet-du-Larzac,
La guerre du Golf - l’eau est au centre des débats
La réunion publique organisée
pour la présentation du projet de résidence
de loisirs sur la commune de l’Hospitalet a mis en relief
toutes les difficultés à entreprendre dans cette
région sensible.
Vendredi 30 mai 2003, la salle des fêtes
de l’Hospitalet est pleine. Objet de cette réunion
publique : la présentation du projet d’une résidence
de loisirs sur la commune.
«Le Domaine des Grands Causses est
une résidence de loisirs avec un golf et un centre
de remise en forme », précise Jean-Luc Monsonégo,
le promoteur qui préfère cette formulation à
celle plus restrictive de “golf de l’Hospitalet”.
Le projet conçu par la société
montpelliéraine d’aménagement de produits
touristiques, prévoit sur le site des Baumettes une
zone de résidence d’une soixantaine de “granges”
pouvant accueillir chacune deux logements.
Le potentiel immobilier va de 60 à
120 logements, agencés selon le principe d’une
copropriété “horizontale”. Même
si les promoteurs veulent en atténuer sa portée,
le golf reste le thème principal du projet. Il occupe
10 hectares.
Un club de remise en forme complète
les activités proposées.
Georges Privat rappelle ce qui a conduit
le conseil municipal à accepter ce projet : «Ce
qui nous préoccupe c’est la survie du village,
dont la mort lente est programmée. Avec nos 227 habitants
le produit des taxes d’habitation et le foncier est
très insuffisant. Nous n’arriverons plus à
boucler notre budget ».
Plus d’école, plus de commerce,
le triste scénario de beaucoup de communes rurales
se profile. «Avec ce projet on peut espérer voir
tripler ces recettes», estime-t-il.
En effet, la population de l’Hospitalet
va être potentiellement multipliée par deux ou
trois à certaines périodes. Et de rêver
à la création d’emplois, sur le village,
pouvant fixer quelques familles. Et pourquoi pas «la
création d’un multiservices » qui apporterait
un peu de confort aux personnes âgées.
Le promoteur développe les points
forts de son programme et argumente longuement sa priorité
: « c’est la maîtrise des impacts sur l’environnement
qui est exceptionnel ». Il parle d’éco-construction,
d’éco-gestion de l’énergie, de l’eau,
des déchets d’activité, d’éco-santé.
Il évoque le choix de l’entreprise de s’adosser
au dispositif «Haute Qualité Environnementale
» pour réaliser la résidence.
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Site sélectionné
pour l'implantation du golf, admirer ce paysage verdoyant,
ou l'eau coule à profusion. |
La présentation est terminée.
René Quatrefages, invité à prendre la
parole, ne porte pas de jugement de valeur sur la nature du
projet. Pour le président du Parc Naturel Régional
de Grands Causses : « Ce n’est pas l’implantation
des villas qui pose problème. La question centrale,
c’est celle de l’eau et la gestion de cette réserve.
Le PNR assume la surveillance de l’eau de ce secteur.
Nous donnerons un avis en toute technicité, impartialité,
en fonction des problèmes et des solutions proposées
».
C’est effectivement le débat
attendu et qui a mobilisé les nombreuses personnes
présentes dans la salle.
En effet, ce projet n’est pas posé
n’importe où. Il est tout bonnement posé
sur les immenses réserves d’eau du Larzac qui
alimentent toute la région. Entre les sources et la
surface, un sous-sol karstique qui facilite son infiltration.
L’impact de ce nouveau projet sur l’environnement
alimente toute la discussion autour de deux problèmes
: le captage et l’assainissement. Quel volume d’eau
va être pompé, ne va-t-il pas assécher
les rivières d’en bas ? La pollution liée
aux activités et surtout à celle du golf ne
va-t-elle pas toucher les réserves d’eau par
infiltration ?
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" le captage et
l’assainissement. Quel volume d’eau va être
pompé, ne va-t-il pas assécher les rivières
d’en bas ? " |
Claude Alibert, représentant les Verts,
veut élargir encore la dimension du problème
et parle d’accumulation d’activité sur
toute la zone : «il faut avoir une vision globale. Ce
projet s’ajoute aux activités industrielles de
La Cavalerie et aux problèmes d’assainissement
de cette commune et de celle de l’Hospitalet. C’est
dans la vallée qu’on paye après ».
Approbation sonore des représentants
des associations de pêche très remontés
par le projet.
Les techniciens de la société
d’aménagement répondent point par point
: « D’abord, il faut savoir que ce golf n’a
que 9 trous sur un parcours compact de 1700 mètres.
Il sera travaillé à l’Ecossaise. Ne seront
traitées que les zones de départ, le parcours
et la zone d’arrivée (le green) soit seulement
20 à 25 % des 10 ha du golf ». Le promoteur en
déduit l’avantage : «l’arrosage sera
limité au minimum. On n’amènera à
la plante que ce qu’elle a perdu dans la journée
». Il estime le besoin à 150 m3/jour,
«soit 30 fois moins qu’un golf comme celui de
La Grande-Motte».
150 m3/jour
Le captage de l’eau pour l’arrosage
du golf se fera par forage. Les techniciens attendent l’expérimentation,
pour savoir s’ils capteront sur le Durzon ou le Cernon.
Une différence de taille car
si le Durzon semble suffisant pour absorber un nouveau prélèvement
de 150 m3/jour, le Cernon lui, est très limité
et son débit sans doute insuffisant.
Pour les défenseurs de la nature,
même un captage sur le Durzon n’échappe
pas à la critique. «C’est un prélèvement
de plus qui s’ajoute au prélèvement du
Syndicat mixte qui alimente le plateau, à celui de
la pisciculture et aux besoins des communes de la vallée
». Ils font valoir que le Durzon représente
40 % de l’étiage de la Dourbie.
Autre problème évoqué
: la pollution par les nitrates et l’assainissement.
«Nous n’utiliseront pas de produits avec nitrates
pour nourrir le sol. Nous utilisons des engrais à libération
lente pour un traitement uniquement sur la plante »,
indique l’ingénieur horticole pour arrêter
le débat et rassurer l’assistance.
Pour l’assainissement, la résidence
de loisirs assumera et assurera le sien. La technique choisie
par le B.C.O.M., le bureau d’étude, est celle
des filtres plantés à l’horizontale, avec
un réseau en drainage jusqu’à une centrale
enterrée.
L’humidification, l’entretien
et le remplacement des filtres usagés sont pris en
compte par le promoteur dans la gestion normale du système.
La réunion tire à sa fin et
comme dans tous les débats où s’opposent
des positions aussi tranchées, sur des arguments techniques
et scientifiques, nul n’aura réussi à
convaincre l’autre.
Une réunion pour rien ? Non, car c’est
le débat démocratique nécessaire et celui
de l’Hospitalet est resté digne et responsable
selon la volonté de Georges Privat, le maire.
Le projet va suivre son cours et passer entre
les mains de l’Etat qui aura le rôle capital d’évaluer
l’impact de ce projet dans toutes ses dimensions. La
population sera appelée à s’exprimer à
nouveau, à deux reprises.
R. G.
Le tourisme en question
L’implantation d’un projet comme
celui de l’Hospitalet, dans une zone aussi sensible
que celle des Grands Causses n’est pas sans poser de
problèmes. Personne n’a été surpris
que se déclare une association d’opposition.
A l’Hospitalet, elle a pris le nom
logique d’association pour la sauvegarde des Baumettes,
en référence au lieu d’implantation.
Elle s’est choisi comme défenseur
C. Losse, un vieux routier de l’écologie, spécialisé
dans les procédures qui conduisent à la création
des golfs. A son palmarès la mise en échec de
plusieurs projets semblables.
Les arguments que font valoir l’association,
complètent la préoccupation sur les réserves
de la nature. Thierry Cartayrade évoque la protection
des 19 espèces d’orchidées et celle des
45 espèces d’oiseaux répertoriées.
Puis il développe d’autres arguments qui tiennent
à la viabilité et à la pérennisation
du projet et du golf en particulier: «Que se passera-t-il
si le projet ne marche pas?».
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Nos touristes pourront-ils,
admirer encore longtemps la flore ? |
Et d’évoquer le débat
national sur la viabilité de l’exploitation des
golfs en France.
Jean-Luc Monsonegro tente de rassurer les
habitants : «Ce golf fait partie de la résidence
de loisirs qui concours à son financement. Son exploitation
sera confiée à une association dont les membres
prendront des parts ».
Il cite la demande locale, exprimée
par Millau Golf Club conduite par Jean Pic, et qui est déjà
forte de 150 adhérents alors qu’il n’y
a pas encore de golf dans la région.
Les autres inquiétudes sont d’une
autre nature.
Au village, certains s’interrogent
sur cette cohabitation qu’il va falloir entretenir avec
une population nouvelle qui sera, à certaines périodes,
plus importante que la population autochtone. La peur de plus
être maître chez-soi.
Enfin les nuisances dues au trafic complètent
les craintes exprimées. Là aussi, l’ensemble
des réserves formulées sera traité et
étudié. Entre l’enquête sur la loi
sur l’eau et la création obligatoire de l’Unité
Touristique Nouvelle, une grande partie des interrogations
exprimées par le public seront examinées et
les propositions des promoteurs étudiées pour
être validées ou recalées.
A la lumière de cette affaire on mesure
toutes les difficultés qu’il y a pour entreprendre
dans cette région, pourtant dévolue au tourisme,
et dont on pensait que le désenclavement par l’autoroute
serait un obstacle levé à la création
de projets.
Le cheminement du projet
Pour que le projet puisse aller à
son terme, il va falloir que le dossier franchisse un certain
nombre d’épreuves. Et pas les moindres, ainsi
que l’a précisé Danielle Fabre qui représentait
Jean-Louis Monniot, sous-préfet de Millau. Il sera
soumis à deux enquêtes d’utilité
publique. La population sera donc encore largement consultée.
L’Etat sera amené à jouer un rôle
d’arbitre.
• Première enquête publique
dans le cadre de la «Loi sur l’eau»
La loi sur l'eau pose le principe d'une approche globale de
l'eau et des milieux aquatiques. Elle impose une gestion équilibrée
de la ressource en eau afin de préserver les éléments
aquatiques, les zones humides et de protéger les eaux
superficielles et/ou souterraines contre les atteintes qu'elles
peuvent subir.
Tout est observé du captage à l’assainissement.
Une procédure particulière est engagée.
Dès que le dossier est complet et recevable, il est
soumis par le Préfet à enquête publique
dont la durée est de 15 jours ou d'un mois suivant
la nature des travaux.
Le Commissaire-Enquêteur rend ses conclusions motivées
dans un délai d'un mois à compter de la date
de clôture de l'enquête. Le Conseil Départemental
d'Hygiène est consulté pour avis. Le Préfet
prend ensuite la décision.
• Création d’une Unité
Touristique Nouvelle
Même si dans P.O.S. la parcelle est
classée en zone à vocation culturelle et touristique,
ce n’est pas suffisant pour démarrer le projet.
Il faut créer une “Unité Touristique Nouvelle”.
Les Unités Touristiques Nouvelles (U.T.N.) sont des
opérations de développement touristique, des
aménagements en zone de montagne. Les procédures
auxquelles elles sont soumises ont pour but d'assurer un équilibre
entre la préservation de la qualité de sites
et le développement touristique. Le régime des
U.T.N. a été précisé par la Loi
Montagne du 9 janvier 1985. L'article L 145-9 du Code de l'Urbanisme
définit trois catégories d'U.T.N. La première
catégorie semble correspondre au problème de
l’Hospitalet. Il est écrit que rentrent dans
cette catégorie, les opérations de développement
touristique en zone de montagne qui ont pour objet, ou pour
effet, de créer une urbanisation, un équipement
ou un aménagement touristique dans un site encore vierge
de tout équipement, aménagement ou construction.
Ce qui semble être le cas à l’Hospitalet.
L’urbanisme, l’intégration paysagère,
les résultats sur la loi sur l’eau, l’étude
économique, le sérieux du promoteur, font partie
des critères étudiés. L’enquête
une fois réalisée par la DDE fait l’objet
d’un rapport qui est présenté au “Comité
du Massif”, présidé par le préfet
du Puy-de-Dôme. Ce comité prend la décision
de classement. Si les élus sont convaincus un comité
de suivi de travaux est créé.permis de construire
pour les maisons et pour le golf peuvent êtres déposés.
• Qu'est-ce que la démarche
HQE ?
Les promoteurs ont indiqué qu’ils
allaient s’engager dans une démarche H.Q.E. (Haute
qualité Environnementale).
Il ne s'agit pas d'une nouvelle norme, ni d'un label supplémentaire.
La Haute Qualité Environnementale est une démarche
de management de projet visant à maîtriser les
impacts d'une opération de construction ou de réhabilitation
sur l'environnement.
source autorisée - Le journal de Millau 13/06/2003
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