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Documents techniques

Impact chaussées et barrages
Expériences sur ruisseau
Protéger les frayères
Truites natives ou hybrides ?

La vidéo du mois

Septembre 2006



 

 

 

 

Une multiplication des espèces liée à de plus grandes capacités d’accueil.
Nos résultats indiquent qu’à l’échelle du bassin versant, la richesse spécifique pisciaire du Viaur augmente naturellement de l’amont vers l’aval. Ce phénomène, déjà bien connu, est partiellement dû à une plus grande diversité des habitats.
Cependant, la richesse et composition spécifique diffèrent pour une même station, selon le faciès. Ainsi, le nombre d’espèces est plus élevé dans la chaussée que dans la zone amont et, souvent, que dans la zone aval. Cela s’explique par le passage d’un système lotique à un système lentique : le courant ralentit, la largeur et la profondeur augmentent. Il s’ensuit une légère élévation de la température. Ces nouvelles conditions conviennent évidemment aux tanches, gardons, ablettes, carpes, brochets, mais aussi aux barbeaux, chevesnes, vandoises, truites, qui y trouvent repos et ressources trophiques. C’est ainsi qu’au sein même des zones à truite et à ombre (Huet, 1949) sont présentes des espèces typiques des zones à barbeau et à brème.


Si les aménagements anthropiques sont souvent la cause de la réduction du nombre d’espèces, c’est surtout vrai lorsqu’ils provoquent une réduction de l’habitat (chenalisations) empêchant l’accomplissement du cycle vital. Mais il arrive, à l’inverse, qu’ils favorisent l’accroissement du nombre d’espèces en augmentant la capacité d’accueil du cours d’eau. C’est le cas des chaussées du Viaur : cette rivière en son amont connaît des faciès d’écoulement majoritairement rapides et peu profonds qui ne favorisent pas la création de zones annexes calmes (bras mort). La diversité d’habitat y est réduite, d’où une richesse spécifique relativement basse. Les espèces capables d’y vivre (truite, loche, vandoise, goujon, vairon, barbeau voire chevesne) correspondent au peuplement du début du siècle. En revanche, en aval des chaussées, viennent s'ajouter d'autres espèces telles que le gardon ou l'ablette. Cela peut s'expliquer par la dévalaison d'individus (alevins, probablement) provenant de la chaussée.


Une richesse pisciaire artificielle qui masque les problèmes.
Les espèces seulement présentes dans les chaussées n’y sont pas arrivées naturellement. On peut émettre certaines hypothèses quant à leur présence : la première est que la plupart des espèces dans les chaussées proviennent des vidanges de barrages au cours desquelles de nombreux individus sont entraînés vers l’aval et trouvent refuge dans les eaux calmes des chaussées. Ensuite, nous savons que le bassin du Viaur abritait des étangs voués à la pisciculture (Vigarié, 1927) dans lesquels étaient élevées tanches, carpes, gardons, anguilles... Lorsqu’ils étaient vidangés, de nombreux individus se retrouvaient dans le Viaur. Aujourd’hui, les retenues collinaires ont le même effet : leurs propriétaires y déversent gardons, carpes, et autres carassins qui se retrouvent dans la rivière à la suite des vidanges de ces petits plans d'eau. Enfin, on ne peut exclure la possibilité d’alevinage directement dans la rivière par des associations de pêche ou des particuliers, ce qui expliquerait, notamment, la présence de truite arc-en-ciel.

Des difficultés pour l’accomplissement du cycle vital des espèces natives.
Pour autant, une richesse spécifique supérieure ne signifie pas pour autant que toutes les espèces trouvent les conditions idéales à l'accomplissement de leur cycle vital. Lorsque la truite et la tanche cohabitent dans une même chaussée, toutes deux ne peuvent y proliférer de manière optimale tant leurs exigences sont opposées : l'optimum thermique de la truite est inférieur à 10°C alors qu'il se situe au-delà de 20°C pour la tanche. Or la température estivale dépasse 25°C dans les chaussées, la truite (tout comme la vandoise, le barbeau ou la sofie) ne pourra donc pas s'y maintenir dans de bonnes conditions physiologiques (Stolzenberg, 1999).
En revanche, au printemps et au début de l'été, les chaussées semblent jouer un véritable rôle de nurseries pour la plupart des espèces. En effet, après l'éclosion, les jeunes stades commencent par coloniser les zones calmes des rivières avant de rejoindre le chenal principal. Les chaussées joueraient donc le rôle de bras morts en offrant les conditions adéquates pour abriter les jeunes de l’année.

Les chaussées : des obstacles avant tout.
Les chaussées constituent par ailleurs des obstacles quasi infranchissables surtout à la montaison (une seule passe à poissons, la chaussée de Tanus au franchissement aléatoire). Leur hauteur, mais aussi leurs caractéristiques hydrodynamiques (vitesses, tirant d’eau, turbulence…) ne sont pas toujours en relation avec les capacités de nage et de saut des espèces considérées. Or, sauf en périodes de hautes eaux, réduites en durée et en volume du fait des barrages, les conditions hydrodynamiques sont rarement réunies pour permettre le franchissement. Cela est préjudiciable à la truite, au toxostome, à la vandoise et au goujon qui migrent pour se reproduire. D'ailleurs, hormis la truite, toutes les autres espèces ne possèdent pas une capacité de nage suffisante pour franchir de tels obstacles. Elles doivent donc trouver le substrat de ponte ad hoc dans les biefs délimités par les chaussées.
Enfin, on peut craindre un appauvrissement du patrimoine génétique par un manque de brassage entre les diverses populations dispersées sur la rivière et isolées par les chaussées (Gozlan & Tourenq, 1997). Si ces espèces étaient abondantes au début du siècle alors qu’il existait déjà des moulins, c’est que les chaussées étaient fonctionnelles : le canal d’alimentation de la roue était libre d’accès et permettait aux poissons de circuler sans trop de contraintes. De nos jours, les vannes des chaussées sont presque toujours colmatées et ne peuvent donc plus être ouvertes pour assurer la libre circulation de l’eau et des poissons.

De graves problèmes de colmatage.
Il est probable que la construction des barrages hydroélectriques soit responsable de la structure actuelle du peuplement pisciaire du Viaur, les chaussées ne faisant qu'aggraver la situation. Le problème majeur est l’écrêtage des crues et le trop faible débit : l’absence de crues réduit l’auto curage et l’auto épuration de la rivière ; cela est d’autant plus grave que le Viaur a déjà subi deux fois la vidange des barrages de Pareloup, Bage et Pont de Salars. Lors de ces vidanges, d'importantes quantités de sédiments sont déversées qui colmatent alors le lit de la rivière causant des problèmes de recrutement chez les espèces lithophiles (4) et psamophiles (5). En effet, les œufs et les larves de ces espèces ne peuvent survivrent que sur des substrats exempts de vase. L'autre effet du dépôt est la disparition des larves d'insectes qui constituent une ressource trophique importante pour la plupart des espèces de poisson.

Les chaussées ne font qu’amplifier le problème de colmatage en ralentissant la vitesse du courant. Elles agissent comme de véritables bassins de décantation où s’accumulent les sédiments. En été, les précipitations étant rares et le débit réservé faible, l’eau s’échauffe rapidement et le taux d’oxygène baisse. Ces effets se cumulent avec les pollutions agricoles du bassin versant (Authié, 1999) dont les rejets rejoignent le Viaur par les tributaires ponctuellement ou régulièrement impropres à la vie pisciaire ; circonstance d'autant plus aggravante que ces ruisseaux constituent des zones de frayères de premier ordre pour la truite. De plus, ces rejets augmentent le risque d’eutrophisation des chaussées. Tout cela est dommageable pour les espèces rhéophiles (1) et principalement pour leurs œufs et larves qui requièrent un certain niveau d’oxygène pour assurer leur développement.

Avant la construction des barrages réservoirs de Pont de Salars, de Pareloup et de Bage, le débit du Viaur en été tombait à quelques centaines de litres par seconde (Lambert, 1970). La dynamique naturelle du Viaur, au régime pluvial fait d’alternances de crues et de sécheresse, opérait une véritable sélection et seules les espèces adaptées pouvaient s’y développer. Les espèces à forte capacité de déplacement (truite, vandoise, barbeau) migraient vers l’amont pour se reproduire pendant les périodes de hautes eaux et dévalaient durant l’été. L’alternance de crues et de faibles débits assurait le nettoyage du lit et donc des frayères. Cette dynamique est aujourd’hui enrayée.


Des aménagements doivent être entrepris.
Le peuplement pisciaire du Viaur a subi des modifications en raison de l’existence des barrages réservoirs en tête de bassin et des nombreuses chaussées abandonnées qui ont conduit à l’implantation d’espèces non natives et à la réduction des zones de reproduction des espèces natives, truite, vandoise et sofie.
Cette situation n’est pas irréversible : pour restituer leur rôle à l’importance et aux variations des débits, la solution serait de reconstituer une dynamique pseudo naturelle de la rivière en effectuant des lâchés d’eau au niveau des barrages qui pallient l’absence de crue (programme de suivi actuellement en cours avec la collaboration d’EDF, CSP, DDA et Fédération de pêche de l’Aveyron). Ces opérations devraient s’accompagner d’un réaménagement des chaussées qui permettent la libre circulation des poissons, travaux à compléter par un hydrocurage de la vase accumulée. Ainsi, la circulation de l’eau serait optimisée et le nettoyage du lit de la rivière rendu plus efficace. Les frayères des espèces rhéophiles (1) redeviendraient accessibles et fonctionnelles.
Un effort devra être fait sur la qualité de l’eau et principalement au niveau du chevelu où existent des zones de frayères de première importance pour la plupart des espèces natives. De même il serait intéressant d’étudier les gorges du Viaur qui constituent une zone salmonicole à valoriser.
Ces travaux devront s’accompagner d’une étude de la migration des poissons et de la recolonisation par la truite, mais aussi par la sofie ou par la vandoise rostrée qui constituent des espèces indicatrices de la qualité du milieu.


Nota : nous avons utilisé des données du Dossier sommaire du contrat rivière Viaur par le syndicat mixte de la vallée aval du Viaur (1998) pour rédiger cet article.

Bibliographie.
Authié, L. 1999. Etude et écologie des populations de truites communes (Salmo trutta fario L.) dans une rivière de moyenne altitude : le Viaur. Rapport de DESU de l'Université Paul Sabatier Toulouse. 105 pp.

Buffault, P. 1904. Essai sur Les eaux et la pêche fluviale dans le département de l’Aveyron. Imprimerie E. Carrère. Rodez. 157 pp.

De La Blanchère, H. 1872. Sur une nouvelle espèce de chondrostome, déterminée dans les eaux du Rouergue (Chondrostoma Peresi La Bl.). C.R. Acad. Sc. Paris. 1632-1636.

De La Blanchère, H. 1873. Sur une vandoise nouvelle, déterminée dans les eaux du Rouergue (Squalius oxyrrhis La Bl.). C.R. Acad. Sc. Paris. 662-665.

Gozlan, R.E., Tourenq, J.N. 1997. La Sofie : une espèce en danger. Revue de l’Agence de l’Eau. N°71 : 7-10.

Lambert, R. Comportement hydrologique et réserves en eaux des terrains. Atlas Midi Pyrénées. Berger-Levrault ed. Paris. 1970.

Schéma départemental de vocation piscicole – Aveyron – Bassin du Viaur Synthèse. Ministère de l'environnement, DDAF, Conseil Général de l'Aveyron, FDAAPPMA de l'Aveyron. 1997.

Stolzenberg, N. 1999. Importance de la qualité environnementale de différents secteurs du Viaur sur l'état nutritionnel des populations pisciaires. Rapport de DESU de l'Université Paul Sabatier Toulouse. 78 pp.

Syndicat mixte de la vallée aval du Viaur. Contrat de rivière Viaur, dossier sommaire. 1998.

Vigarié, E. Esquisse générale du département de l’Aveyron. Tome 1, Rodez, 1927, 328 pp.

N°82 de "Adour Garonne - Revue de l'Agence de l'Eau

 

Merci à Nicolas Poulet pour sa participation.

 

Depuis 15 ans (date de mon arrivée). Le Viaur je le vois mourrir lentement mais sûrement, les grands projets, les grandes réunions, les grandes sommes d'argent c'est bien... Il y a quand même eu quelques actions mais.... Si vous êtes pour les barrages, voila le résultat. (Le Webmaster).

 

Débit réservé du barrage ci-dessous

Le débit réservé du barrage. En fait les Saumons et les truites, ont de l'eau jusqu'àu niveau de l'oeil.
la tache verte au milieu une frayère à moustiques
Le embacles de la rivière à saumons.

 

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