Une multiplication
des espèces liée à de plus grandes
capacités d’accueil.
Nos résultats indiquent qu’à l’échelle
du bassin versant, la richesse spécifique pisciaire
du Viaur augmente naturellement de l’amont vers l’aval.
Ce phénomène, déjà bien connu,
est partiellement dû à une plus grande diversité
des habitats.
Cependant, la richesse et composition spécifique
diffèrent pour une même station, selon le faciès.
Ainsi, le nombre d’espèces est plus élevé
dans la chaussée que dans la zone amont et, souvent,
que dans la zone aval. Cela s’explique par le passage
d’un système lotique à un système
lentique : le courant ralentit, la largeur et la profondeur
augmentent. Il s’ensuit une légère élévation
de la température. Ces nouvelles conditions conviennent
évidemment aux tanches, gardons, ablettes, carpes,
brochets, mais aussi aux barbeaux, chevesnes, vandoises,
truites, qui y trouvent repos et ressources trophiques.
C’est ainsi qu’au sein même des zones
à truite et à ombre (Huet, 1949) sont présentes
des espèces typiques des zones à barbeau et
à brème.
Si les aménagements anthropiques sont souvent la
cause de la réduction du nombre d’espèces,
c’est surtout vrai lorsqu’ils provoquent une
réduction de l’habitat (chenalisations) empêchant
l’accomplissement du cycle vital. Mais il arrive,
à l’inverse, qu’ils favorisent l’accroissement
du nombre d’espèces en augmentant la capacité
d’accueil du cours d’eau. C’est le cas
des chaussées du Viaur : cette rivière en
son amont connaît des faciès d’écoulement
majoritairement rapides et peu profonds qui ne favorisent
pas la création de zones annexes calmes (bras mort).
La diversité d’habitat y est réduite,
d’où une richesse spécifique relativement
basse. Les espèces capables d’y vivre (truite,
loche, vandoise, goujon, vairon, barbeau voire chevesne)
correspondent au peuplement du début du siècle.
En revanche, en aval des chaussées, viennent s'ajouter
d'autres espèces telles que le gardon ou l'ablette.
Cela peut s'expliquer par la dévalaison d'individus
(alevins, probablement) provenant de la chaussée.
Une richesse pisciaire artificielle
qui masque les problèmes.
Les espèces seulement présentes dans les chaussées
n’y sont pas arrivées naturellement. On peut
émettre certaines hypothèses quant à
leur présence : la première est que la plupart
des espèces dans les chaussées proviennent
des vidanges de barrages au cours desquelles de nombreux
individus sont entraînés vers l’aval
et trouvent refuge dans les eaux calmes des chaussées.
Ensuite, nous savons que le bassin du Viaur abritait des
étangs voués à la pisciculture (Vigarié,
1927) dans lesquels étaient élevées
tanches, carpes, gardons, anguilles... Lorsqu’ils
étaient vidangés, de nombreux individus se
retrouvaient dans le Viaur. Aujourd’hui, les retenues
collinaires ont le même effet : leurs propriétaires
y déversent gardons, carpes, et autres carassins
qui se retrouvent dans la rivière à la suite
des vidanges de ces petits plans d'eau. Enfin, on ne peut
exclure la possibilité d’alevinage directement
dans la rivière par des associations de pêche
ou des particuliers, ce qui expliquerait, notamment, la
présence de truite arc-en-ciel.
Des difficultés
pour l’accomplissement du cycle vital des espèces
natives.
Pour autant, une richesse spécifique supérieure
ne signifie pas pour autant que toutes les espèces
trouvent les conditions idéales à l'accomplissement
de leur cycle vital. Lorsque la truite et la tanche cohabitent
dans une même chaussée, toutes deux ne peuvent
y proliférer de manière optimale tant leurs
exigences sont opposées : l'optimum thermique de
la truite est inférieur à 10°C alors qu'il
se situe au-delà de 20°C pour la tanche. Or la
température estivale dépasse 25°C dans
les chaussées, la truite (tout comme la vandoise,
le barbeau ou la sofie) ne pourra donc pas s'y maintenir
dans de bonnes conditions physiologiques (Stolzenberg, 1999).
En revanche, au printemps et au début de l'été,
les chaussées semblent jouer un véritable
rôle de nurseries pour la plupart des espèces.
En effet, après l'éclosion, les jeunes stades
commencent par coloniser les zones calmes des rivières
avant de rejoindre le chenal principal. Les chaussées
joueraient donc le rôle de bras morts en offrant les
conditions adéquates pour abriter les jeunes de l’année.
Les chaussées
: des obstacles avant tout.
Les chaussées constituent par ailleurs des obstacles
quasi infranchissables surtout à la montaison (une
seule passe à poissons, la chaussée de Tanus
au franchissement aléatoire). Leur hauteur, mais
aussi leurs caractéristiques hydrodynamiques (vitesses,
tirant d’eau, turbulence…) ne sont pas toujours
en relation avec les capacités de nage et de saut
des espèces considérées. Or, sauf en
périodes de hautes eaux, réduites en durée
et en volume du fait des barrages, les conditions hydrodynamiques
sont rarement réunies pour permettre le franchissement.
Cela est préjudiciable à la truite, au toxostome,
à la vandoise et au goujon qui migrent pour se reproduire.
D'ailleurs, hormis la truite, toutes les autres espèces
ne possèdent pas une capacité de nage suffisante
pour franchir de tels obstacles. Elles doivent donc trouver
le substrat de ponte ad hoc dans les biefs délimités
par les chaussées.
Enfin, on peut craindre un appauvrissement du patrimoine
génétique par un manque de brassage entre
les diverses populations dispersées sur la rivière
et isolées par les chaussées (Gozlan &
Tourenq, 1997). Si ces espèces étaient abondantes
au début du siècle alors qu’il existait
déjà des moulins, c’est que les chaussées
étaient fonctionnelles : le canal d’alimentation
de la roue était libre d’accès et permettait
aux poissons de circuler sans trop de contraintes. De nos
jours, les vannes des chaussées sont presque toujours
colmatées et ne peuvent donc plus être ouvertes
pour assurer la libre circulation de l’eau et des
poissons.
De graves problèmes
de colmatage.
Il est probable que la construction des barrages hydroélectriques
soit responsable de la structure actuelle du peuplement
pisciaire du Viaur, les chaussées ne faisant qu'aggraver
la situation. Le problème majeur est l’écrêtage
des crues et le trop faible débit : l’absence
de crues réduit l’auto curage et l’auto
épuration de la rivière ; cela est d’autant
plus grave que le Viaur a déjà subi deux fois
la vidange des barrages de Pareloup, Bage et Pont de Salars.
Lors de ces vidanges, d'importantes quantités de
sédiments sont déversées qui colmatent
alors le lit de la rivière causant des problèmes
de recrutement chez les espèces lithophiles (4) et
psamophiles (5). En effet, les œufs et les larves de
ces espèces ne peuvent survivrent que sur des substrats
exempts de vase. L'autre effet du dépôt est
la disparition des larves d'insectes qui constituent une
ressource trophique importante pour la plupart des espèces
de poisson.
Les chaussées ne font qu’amplifier
le problème de colmatage en ralentissant la vitesse
du courant. Elles agissent comme de véritables bassins
de décantation où s’accumulent les sédiments.
En été, les précipitations étant
rares et le débit réservé faible, l’eau
s’échauffe rapidement et le taux d’oxygène
baisse. Ces effets se cumulent avec les pollutions agricoles
du bassin versant (Authié, 1999) dont les rejets
rejoignent le Viaur par les tributaires ponctuellement ou
régulièrement impropres à la vie pisciaire
; circonstance d'autant plus aggravante que ces ruisseaux
constituent des zones de frayères de premier ordre
pour la truite. De plus, ces rejets augmentent le risque
d’eutrophisation des chaussées. Tout cela est
dommageable pour les espèces rhéophiles (1)
et principalement pour leurs œufs et larves qui requièrent
un certain niveau d’oxygène pour assurer leur
développement.
Avant la construction des barrages réservoirs
de Pont de Salars, de Pareloup et de Bage, le débit
du Viaur en été tombait à quelques
centaines de litres par seconde (Lambert, 1970). La dynamique
naturelle du Viaur, au régime pluvial fait d’alternances
de crues et de sécheresse, opérait une véritable
sélection et seules les espèces adaptées
pouvaient s’y développer. Les espèces
à forte capacité de déplacement (truite,
vandoise, barbeau) migraient vers l’amont pour se
reproduire pendant les périodes de hautes eaux et
dévalaient durant l’été. L’alternance
de crues et de faibles débits assurait le nettoyage
du lit et donc des frayères. Cette dynamique est
aujourd’hui enrayée.
Des aménagements doivent
être entrepris.
Le peuplement pisciaire du Viaur a subi des modifications
en raison de l’existence des barrages réservoirs
en tête de bassin et des nombreuses chaussées
abandonnées qui ont conduit à l’implantation
d’espèces non natives et à la réduction
des zones de reproduction des espèces natives, truite,
vandoise et sofie.
Cette situation n’est pas irréversible : pour
restituer leur rôle à l’importance et
aux variations des débits, la solution serait de
reconstituer une dynamique pseudo naturelle de la rivière
en effectuant des lâchés d’eau au niveau
des barrages qui pallient l’absence de crue (programme
de suivi actuellement en cours avec la collaboration d’EDF,
CSP, DDA et Fédération de pêche de l’Aveyron).
Ces opérations devraient s’accompagner d’un
réaménagement des chaussées qui permettent
la libre circulation des poissons, travaux à compléter
par un hydrocurage de la vase accumulée. Ainsi, la
circulation de l’eau serait optimisée et le
nettoyage du lit de la rivière rendu plus efficace.
Les frayères des espèces rhéophiles
(1) redeviendraient accessibles et fonctionnelles.
Un effort devra être fait sur la qualité de
l’eau et principalement au niveau du chevelu où
existent des zones de frayères de première
importance pour la plupart des espèces natives. De
même il serait intéressant d’étudier
les gorges du Viaur qui constituent une zone salmonicole
à valoriser.
Ces travaux devront s’accompagner d’une étude
de la migration des poissons et de la recolonisation par
la truite, mais aussi par la sofie ou par la vandoise rostrée
qui constituent des espèces indicatrices de la qualité
du milieu.
Nota : nous avons utilisé des données du Dossier
sommaire du contrat rivière Viaur par le syndicat
mixte de la vallée aval du Viaur (1998) pour rédiger
cet article.
Bibliographie.
Authié, L. 1999. Etude et écologie
des populations de truites communes (Salmo trutta fario
L.) dans une rivière de moyenne altitude : le Viaur.
Rapport de DESU de l'Université Paul Sabatier Toulouse.
105 pp.
Buffault, P. 1904. Essai sur Les eaux et
la pêche fluviale dans le département de l’Aveyron.
Imprimerie E. Carrère. Rodez. 157 pp.
De La Blanchère, H. 1872. Sur une
nouvelle espèce de chondrostome, déterminée
dans les eaux du Rouergue (Chondrostoma Peresi La Bl.).
C.R. Acad. Sc. Paris. 1632-1636.
De La Blanchère, H. 1873. Sur une
vandoise nouvelle, déterminée dans les eaux
du Rouergue (Squalius oxyrrhis La Bl.). C.R. Acad. Sc. Paris.
662-665.
Gozlan, R.E., Tourenq, J.N. 1997. La Sofie
: une espèce en danger. Revue de l’Agence de
l’Eau. N°71 : 7-10.
Lambert, R. Comportement hydrologique et
réserves en eaux des terrains. Atlas Midi Pyrénées.
Berger-Levrault ed. Paris. 1970.
Schéma départemental de vocation
piscicole – Aveyron – Bassin du Viaur Synthèse.
Ministère de l'environnement, DDAF, Conseil Général
de l'Aveyron, FDAAPPMA de l'Aveyron. 1997.
Stolzenberg, N. 1999. Importance de la
qualité environnementale de différents secteurs
du Viaur sur l'état nutritionnel des populations
pisciaires. Rapport de DESU de l'Université Paul
Sabatier Toulouse. 78 pp.
Syndicat mixte de la vallée aval
du Viaur. Contrat de rivière Viaur, dossier sommaire.
1998.
Vigarié, E. Esquisse générale
du département de l’Aveyron. Tome 1, Rodez,
1927, 328 pp.
N°82 de "Adour Garonne - Revue
de l'Agence de l'Eau
Merci à Nicolas
Poulet pour sa participation.
Depuis 15 ans (date de mon arrivée).
Le Viaur je le vois mourrir lentement mais sûrement,
les grands projets, les grandes réunions, les grandes
sommes d'argent c'est bien... Il y a quand même eu
quelques actions mais.... Si vous êtes pour les barrages,
voila le résultat. (Le Webmaster).
Débit réservé du barrage
ci-dessous
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Le débit réservé
du barrage. En fait les Saumons et les truites, ont
de l'eau jusqu'àu niveau de l'oeil. |
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la tache verte au milieu une frayère
à moustiques |
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Le embacles de la rivière
à saumons. |
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