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Novembre 2008



 

Rôle des chaussées et des barrages pour les peuplements pisciaires du bassin versant du Viaur

Par Nicolas POULET, Nicolas STOLZENBERG, Luc AUTHIE, Karine GAFFARD et Jean-Noël TOURENQ.

Bassin du Viaur


Le Viaur (Figure 1) prend sa source à 1090 m d’altitude au Puech Del Pal (Aveyron). Après un parcours de près de 170 km, il conflue avec l’Aveyron, dont il est le principal affluent, au niveau de Saint Martin de Laguépie (Tarn) à une altitude de 150 m. Son bassin versant s’étend ainsi sur 1650 km², traversant deux grandes régions naturelles que sont le Lévezou et le Ségalas.
Il possède un réseau d’affluents très dense : environ 110 ruisseaux dont 73 de plus de 3 km représentant une longueur d’environ 370 km. Soit au total, un réseau hydrographique de l’ordre de 830 km.
Sa largeur passe de 1 ou 2 m près de sa source à 20 à 40 m dans ses derniers kilomètres.
Il se caractérise par une faible profondeur (moyenne de 1 m) et des eaux plutôt vives sans qu’elles soient vraiment torrentueuses ; c’est une rivière de moyenne montagne.

Une rivière très aménagée.
Le bassin hydrographique du Viaur se caractérise par une hydrologie aux étiages sévères en été et en automne (d’août à octobre) et par des débits soutenus à importants en hiver et au printemps. Les terrains cristallins et cristallophylliens, quasi-imperméables, favorisent le ruissellement et n’assurent pas d’effet régulateur.
En amont de son bassin versant, le Viaur est aménagé à des fins hydroélectriques de façon importante depuis 1952. Les barrages EDF du Lévezou (aménagements du Pouget) détournent, par conduites forcées, près de la moitié des eaux du Viaur sur le Tarn.
Aux 2/3 de son parcours est implanté le barrage de Thuriès qui fonctionne par éclusées.
De ce fait, le Viaur est un cours d’eau où les débits artificiels n’ont pas connu de crues importantes depuis celle de 1930 où l’on a enregistré un débit de 419 m3/s ; par comparaison, lors de la crue de 1966, le débit n’était que de 180 m3/s.
A cette artificialisation, il faut ajouter les nombreuses chaussées aménagées pour des moulins qui jalonnent le parcours du Viaur et de ses principaux affluents. Ces moulins, probablement déjà présent sous l'Ancien Régime, servaient à fournir l'énergie nécessaire pour moudre le grain, presser les pommes à cidre ou encore actionner des forges. Aujourd'hui encore, 88 chaussées ont été répertoriées de la source à l'embouchure, soit une chaussée tous les 1,8 km (SDVP, 1997). Mais peu d'entre elles sont encore fonctionnelles et entretenues. Elles créent de véritables petites retenues relativement larges (10-20 m) et profondes (2-3 m) et constituent, pour beaucoup d’entre elles, des obstacles difficiles voire impossibles à franchir pour les salmonidés, même si le blocage majeur reste le barrage de Thuriès dépourvu de tout aménagement de franchissement, à la montaison comme à la dévalaison.

Le rôle contrasté des chaussées sur les populations pisciaires du Viaur.
Suite à nos campagnes de pêche réalisées sur la partie amont du Viaur, nous avons pu faire un inventaire des espèces présentes entre l'amont du barrage de Pont de Salars et l'amont du barrage de Thuriès. Ces résultats ont pu être comparés à ceux de Buffault obtenus en 1904 (Tableau 1).

Famille

Espèce

Nom vernaculaire

Code

Inventaire

1904

1999

Cyprinidae

         
 

Alburnus alburnus L.

Ablette

ABL

   
 

Barbus barbus L.

Barbeau fluviatile

BAF

   
 

Leuciscus cephalus L.

Chevesne

CHE

   
 

Rutilus rutilus L.

Gardon

GAR

   
 

Gobio gobio L.

Goujon

GOU

   
 

Scardinius erythrophtalmus L.

Rotengle

ROT

   
 

Cyprinus carpio L.

Carpe

CAR

   
 

Tinca tinca L.

Tanche

TAN

   
 

Chondrostoma toxostoma V.

Sofie

TOX

   
 

Phoxinus phoxinus L.

Vairon

VAI

   
 

Leuciscus leuciscus burdigalensis CV.

Vandoise rostrée

VAR

   
 

Carassius carassius L.

Carassin

CAS

   

Cobitidae

         
 

Barbatula barbatula L.

Loche franche

LOF

   

Esocidae

         
 

Esox lucius L.

Brochet

BRO

   

Percidae

         
 

Perca fluviatilis L.

Perche

PER

   
 

Gymnocephalus cernuus L.

Grémille

GRE

   

Anguilidae

         
 

Anguilla anguilla L.

Anguille

ANG

   

Salmonidae

         
 

Salmo trutta L.

Truite commune

TRF

   
 

Salmo salars L.

Saumon atlantique

SAU

1901

 
 

Oncorhynchus mykiss W.

Truite arc-en-ciel

TAC

   

Nombre d'espèce

     

9

18

Tableau 1: Liste faunistique des échantillonnages effectués en 1904 et en 1999 renseignés en présence / absence

Lexique.
(1) Rhéophile : Se dit d'une espèce effectuant son cycle vital dans des eaux courantes (par ex. : la truite).
(2) Limnophile : Se dit d'une espèce effectuant son cycle vital dans des eaux stagnantes (par ex. : la tanche).
(3) Eurytope : Se dit d'une espèce effectuant son cycle vital aussi bien en eaux stagnantes qu'en eaux courantes (par ex. : le gardon).
(4) Lithophile : Se dit d'une espèce déposant ses œufs sur ou sous des galets ou du gravier grossier (par ex. : la truite, la vandoise)
(5) Psamophile : Se dit d'une espèce déposant ses œufs sur du sable (par ex. : le goujon et la loche).

 

Un peuplement originel modifié.
Le peuplement originel de la rivière amont était principalement composé d'espèces rhéophiles (1) comme la truite, la vandoise ou le barbeau. En l'espace d'un siècle, neuf espèces sont apparues, pour la plupart des espèces limnophiles (2) ou eurytopes (3) telles que la tanche, le gardon ou encore la perche.
En revanche, l'anguille et le saumon ont disparu, en raison de la difficulté pour les poissons migrateurs d’effectuer les déplacements nécessaires à l'accomplissement de leur cycle de vie, phénomène d’ailleurs observé sur l'ensemble du bassin de la Garonne. Buffault précise qu'en 1835, on pêchait encore le saumon dans le Viaur à 117 Km de sa confluence avec l'Aveyron.

Des répartitions d’espèces différentes selon les faciès.
Lors de nos échantillonnages, nous avons séparé les stations en trois faciès (Figure 2), l'amont et l'aval de la chaussée (zones courantes), la chaussée elle-même (zone calme et avons comparé la structure du peuplement au sein de ces différents faciès (Graph 1, tableaux 2 & 3).

TruiteCliquer sur l'image pour agrandir.

 

Station

Ségur

La Valette

Camboulas

Bannes

La Cap. Viaur

Bonnecombe

Gd Fuel

Albinet

Ayres

Tanus

Fréq.

(%)

Faciès

Amont

Aval

.

Amont

Aval

Amont

Aval

Amont

Aval

Amont

Aval

.

Amont

Aval

Amont

Aval

Amont

Aval

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GOU

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100

VAI

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100

TRF

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100

LOF

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87

VAN

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80

CHE

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73

BAF

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73

PER

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73

GAR

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53

ABL

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47

TOX

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33

TAN

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20

TAC

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13

ROT

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7

GRE

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7

Nb Esp

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5

4

4

9

.

8

8

10

7

10

10

.

12

10

10

12

12

.

Tableau 2 : Abondances relatives (%) des espèces par faciès courants et par station.

 

.

Ségur

Camboulas

Bannes

La Cap. Viaur

Bonnecombe

Albinet

Ayres

Tanus

Fréquence (%)

GAR

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100

VAN

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100

GOU

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100

VAI

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100

LOF

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100

ABL

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86

TAN

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86

CHE

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86

PER

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71

BAF

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71

TRF

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71

TOX

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43

TAC

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29

BRO

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29

CAR

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29

ROT

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14

CAS

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.

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14

Nb Esp

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8

11

13

14

10

11

12

.

Tableau 3 : Abondances relatives (%) des espèces par chaussée.

 

 

Abondance > 40%

 

33% < abondance < 10%

 

Abondance < 1%

 

Abondance < 1%

 

Absence

 

Inventorié mais non quantifié

 

Non échantillonné

       

A l'échelle de la rivière, on observe classiquement un enrichissement en espèces de l'amont vers l'aval.
A l'échelle de la station en revanche, l'amont de la chaussée est toujours moins riche en espèces que les deux autres faciès et c'est la chaussée qui, dans la majorité des cas, en recèle le plus.
Comment se répartissent les différentes espèces ?
A l'échelle de la rivière, la proportion de truite diminue au fur et à mesure que l'on s'éloigne de la source alors qu'apparaissent de nouvelles espèces.
A l'échelle de la station, le peuplement des zones courantes (amont et aval des chaussées) est proche de celui décrit par Buffault en 1904 : il associe la truite et ses espèces accompagnatrices (goujon, vairon, loche) aux cyprinidés rhéophiles (1) (vandoise, chevesne et barbeau). L'aval des chaussées est plus riche en espèces que l'amont du fait de la présence (en faible proportion) d'espèces colonisant les chaussées (gardon, tanche), preuve que leur influence se fait ressentir vers l'aval, mais pas vers l'amont. Dans les chaussées, le peuplement est dominé par des espèces eurytopes (3) (gardon et ablette) auxquelles s'ajoutent des espèces limnophiles (2) (tanche), qui n'étaient pas répertoriées au début du siècle. La truite, bien représentée dans les chaussées situées le plus en amont, disparaît rapidement.

 

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