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Septembre 2006



 

 

 

Des résultats parlant !

Que disent les études scientifiques réalisées sur le sujet ? Elles sont de deux ordres. Génétiques tout d’abord. Ces études montrent que la plupart des truites qui vivent dans les rivières analysées sont des truites natives. Que dans la plupart des cas, peu de gènes de pisciculture ont été retrouvés. Sur l’Orb par exemple, Dominique Baudou n’en a retrouvé que 13 %, alors que les introductions sont ici aussi très nombreuses. Dans un secteur de la rivière Aude, Patrick Berrebi de l’université de Montpellier a trouvé 98 % de gènes des truites natives de cette région. La plupart des études génétiques font les mêmes observations : les populations sont en général peu influencées par les alevinages. Ou si vous préférez, la pollution génétique reste faible dans bon nombre de rivières. Ce qui signifie que l’essentiel des truites observées sont natives.
L’autre type d’étude susceptible de nous renseigner utilise les caractéristiques morphologiques des truites. Développée en France par Jean-Marc Lascaux, cette approche est basée sur l’analyse de caractères héritables (donc fixés génétiquement) tels les ornementations de la robe (points rouges et noirs) et des nageoires, couplée à de puissantes analyses statistiques. Qu’en ressort-il ? Que lorsqu’une région est passée au crible (voir à ce sujet les résultats de la méthode appliquée au Cantal ou aux Pyrénées centrales), on observe généralement une certaine homogénéité des truites d’une même rivière mais en revanche une importante variabilité entre les truites des différents bassins ou sous bassins. Et que dans la plupart des cas, elles ne s’apparentent pas aux truites de pisciculture. Les truites élevées étant génétiquement parlant globalement les mêmes dans toutes les piscicultures, s’il n’existait plus de truites natives, on trouverait le même type de truite dans toutes les rivières de l’hexagone. Logique imparable. Or, qu’observe-t-on ? Que les truites de telle rivière sont ponctuées de gros points rouges. Que dans telle autre, elles comptent des centaines de petits points noirs. Que dans cette dernière enfin, elles sont très peu ponctuées et que les points sont rassemblés sur l’avant du corps. Et qu’au final, il existe une formidable diversité des types de truites en France encore aujourd’hui, et que cela traduit bien que ces truites toutes différentes entre elles sont des truites natives, donc de souche pour reprendre cette expression. Ces observations rejoignent ainsi celles des études génétiques.

Bien sur, il y a des rivières ou des régions moins préservées que d’autres. Ainsi, quelques cours d’eau montrent par exemple des taux d’introgression (qu’on pourrait résumer par le taux de gènes issus des truites de pisciculture) important, ce qui traduit une forte influence des alevinages sur le long terme. Mais il faut relativiser. Car le plus souvent, il s’agit de petits cours d’eau avec des populations réduites. En outre, comme par hasard, ce sont quasi systématiquement des rivières qui ont subit ou qui subissent toujours des perturbations importantes, souvent d’origine humaine, et où les populations de truites natives ont à un moment donné nettement diminué, favorisant ainsi l’implantation de truites issues de pisciculture dans des « territoires » devenus libres. La nature a horreur du vide. Mais en dehors de ces petits milieux, dans les rivières des vraies régions truiticolles (Franche-Comté, Alpes, Massif-Central, Pyrénées), la majorité des truites qu’on peut observer ou capturer sont sauvages et surtout natives.

Est-ce à dire que les alevinages n’ont aucune réussite et donc aucune utilité ? Ca n’est pas si simple. Et il ne faut pas faire dire à ces résultats ce qu’ils ne peuvent pas dire. Ils disent simplement que peu de truites issues de pisciculture participent à la reproduction ce qui ne veut surtout pas dire qu’elles ne contribuent pas aux captures des pêcheurs. Et finalement, que toutes ces truites introduites dans nos rivières se soient peu reproduite et n’aient par la même occasion que peu ou pas « pollué génétiquement » nos truites natives, c’est plutôt une sacrée bonne nouvelle. Cela signifie-t-il pour autant qu’on puisse continuer sans rien changer ? Certainement pas. La voie de la gestion patrimoniale abordée le mois dernier permet tout à la fois économies (et donc moyens concentrés là où c’est nécessaire) mais aussi protection des truites natives. Car si les études sont claires sur le fait que la plupart des truites analysées sont natives, elles mettent également en évidence que de nombreuses populations possèdent aujourd’hui quelques pourcent de gènes de pisciculture. Or, la protection des truites natives ou des souches sauvages, comme on voudra, doit être un des objectifs majeurs des gestionnaires. Ne le perdons jamais de vue.

Nota :


Des généticiens de l’Université de Montpellier ont fait l’analyse génétique des populations de truites de 18 rivières du bassin méditerranéen allant des Pyrénées Orientales au Vaucluse. Une seule de ces 18 populations possédait une majorité (59 %) de gênes de truites de pisciculture, et encore s’agissait-il d’un torrent soumis à des crues fréquentes et dévastatrices. En outre, 14 des 18 populations analysées possédaient plus de 70 % de gênes « natifs », dont 12 à plus de 80 %. Les cours d’eau montrant le plus de gênes de pisciculture étaient tous des cours d’eau de petite taille, donc avec une population réduite, et étaient également plus ou moins perturbés, notamment par les crues.
(1) Poteau C. et P. Berrebi : Genetic integrity and trout stocking in the Mediterranean bassin, Bulletin Français de Pêche et de Pisciculture: 344/345 : 309-322.

Source Marco Delacoste, La Pêche et les Poissons n°705

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