Des résultats
parlant !
Que disent les études scientifiques
réalisées sur le sujet ? Elles sont de deux
ordres. Génétiques tout d’abord. Ces
études montrent que la plupart des truites qui vivent
dans les rivières analysées sont des truites
natives. Que dans la plupart des cas, peu de gènes
de pisciculture ont été retrouvés.
Sur l’Orb par exemple, Dominique Baudou n’en
a retrouvé que 13 %, alors que les introductions
sont ici aussi très nombreuses. Dans un secteur de
la rivière Aude, Patrick Berrebi de l’université
de Montpellier a trouvé 98 % de gènes des
truites natives de cette région. La plupart des études
génétiques font les mêmes observations
: les populations sont en général peu influencées
par les alevinages. Ou si vous préférez, la
pollution génétique reste faible dans bon
nombre de rivières. Ce qui signifie que l’essentiel
des truites observées sont natives.
L’autre type d’étude susceptible de nous
renseigner utilise les caractéristiques morphologiques
des truites. Développée en France par Jean-Marc
Lascaux, cette approche est basée sur l’analyse
de caractères héritables (donc fixés
génétiquement) tels les ornementations de
la robe (points rouges et noirs) et des nageoires, couplée
à de puissantes analyses statistiques. Qu’en
ressort-il ? Que lorsqu’une région est passée
au crible (voir à ce sujet les résultats de
la méthode appliquée au Cantal ou aux Pyrénées
centrales), on observe généralement une certaine
homogénéité des truites d’une
même rivière mais en revanche une importante
variabilité entre les truites des différents
bassins ou sous bassins. Et que dans la plupart des cas,
elles ne s’apparentent pas aux truites de pisciculture.
Les truites élevées étant génétiquement
parlant globalement les mêmes dans toutes les piscicultures,
s’il n’existait plus de truites natives, on
trouverait le même type de truite dans toutes les
rivières de l’hexagone. Logique imparable.
Or, qu’observe-t-on ? Que les truites de telle rivière
sont ponctuées de gros points rouges. Que dans telle
autre, elles comptent des centaines de petits points noirs.
Que dans cette dernière enfin, elles sont très
peu ponctuées et que les points sont rassemblés
sur l’avant du corps. Et qu’au final, il existe
une formidable diversité des types de truites en
France encore aujourd’hui, et que cela traduit bien
que ces truites toutes différentes entre elles sont
des truites natives, donc de souche pour reprendre cette
expression. Ces observations rejoignent ainsi celles des
études génétiques.
Bien sur, il y a des rivières ou
des régions moins préservées que d’autres.
Ainsi, quelques cours d’eau montrent par exemple des
taux d’introgression (qu’on pourrait résumer
par le taux de gènes issus des truites de pisciculture)
important, ce qui traduit une forte influence des alevinages
sur le long terme. Mais il faut relativiser. Car le plus
souvent, il s’agit de petits cours d’eau avec
des populations réduites. En outre, comme par hasard,
ce sont quasi systématiquement des rivières
qui ont subit ou qui subissent toujours des perturbations
importantes, souvent d’origine humaine, et où
les populations de truites natives ont à un moment
donné nettement diminué, favorisant ainsi
l’implantation de truites issues de pisciculture dans
des « territoires » devenus libres. La nature
a horreur du vide. Mais en dehors de ces petits milieux,
dans les rivières des vraies régions truiticolles
(Franche-Comté, Alpes, Massif-Central, Pyrénées),
la majorité des truites qu’on peut observer
ou capturer sont sauvages et surtout natives.
Est-ce à dire que les alevinages
n’ont aucune réussite et donc aucune utilité
? Ca n’est pas si simple. Et il ne faut pas faire
dire à ces résultats ce qu’ils ne peuvent
pas dire. Ils disent simplement que peu de truites issues
de pisciculture participent à la reproduction ce
qui ne veut surtout pas dire qu’elles ne contribuent
pas aux captures des pêcheurs. Et finalement, que
toutes ces truites introduites dans nos rivières
se soient peu reproduite et n’aient par la même
occasion que peu ou pas « pollué génétiquement
» nos truites natives, c’est plutôt une
sacrée bonne nouvelle. Cela signifie-t-il pour autant
qu’on puisse continuer sans rien changer ? Certainement
pas. La voie de la gestion patrimoniale abordée le
mois dernier permet tout à la fois économies
(et donc moyens concentrés là où c’est
nécessaire) mais aussi protection des truites natives.
Car si les études sont claires sur le fait que la
plupart des truites analysées sont natives, elles
mettent également en évidence que de nombreuses
populations possèdent aujourd’hui quelques
pourcent de gènes de pisciculture. Or, la protection
des truites natives ou des souches sauvages, comme on voudra,
doit être un des objectifs majeurs des gestionnaires.
Ne le perdons jamais de vue.
Nota :
Des généticiens de l’Université
de Montpellier ont fait l’analyse génétique
des populations de truites de 18 rivières du bassin
méditerranéen allant des Pyrénées
Orientales au Vaucluse. Une seule de ces 18 populations
possédait une majorité (59 %) de gênes
de truites de pisciculture, et encore s’agissait-il
d’un torrent soumis à des crues fréquentes
et dévastatrices. En outre, 14 des 18 populations
analysées possédaient plus de 70 % de gênes
« natifs », dont 12 à plus de 80 %. Les
cours d’eau montrant le plus de gênes de pisciculture
étaient tous des cours d’eau de petite taille,
donc avec une population réduite, et étaient
également plus ou moins perturbés, notamment
par les crues.
(1) Poteau C. et P. Berrebi : Genetic integrity and trout
stocking in the Mediterranean bassin, Bulletin Français
de Pêche et de Pisciculture: 344/345 : 309-322.
Source Marco Delacoste, La Pêche
et les Poissons n°705
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