RESTE T
IL DES TRUITES SAUVAGES ?
Pour beaucoup, les truites sauvages ne
sont qu’un lointain souvenir, du temps où il
faisait bon vivre, où les rivières étaient
belles et les pêches miraculeuses. Complètement
faux nous dit Marc Delacoste pour qui les truites sauvages
sont encore bien présentes dans nos rivières.
Est ce due à une forme de morosité
ambiante ? Est-ce ce pessimisme teinté de mélancolie
qui colle aux discours des pêcheurs depuis quelques
temps et qui veut que « mon pauv’ monsieur,
tout est foutu et si vous aviez vu avant ! » ? Toujours
est il que parmi les rengaines et complaintes maintes fois
entendues voire rabâchées, la disparition des
truites sauvages tiendrait certainement une place d’honneur
si l’on devait établir un classement. Entretenu
par quelques responsables irresponsables peu ou mal informés
(laissons leur le bénéfice du doute…),
travaillée par quelques articles aussi faussement
scientifiques que volontairement racoleurs, cette idée
s’est peu à peu insinuée dans l’imaginaire
collectif. Et si aujourd’hui vous demandez à
un pêcheur si les truites qu’il prend sont sauvages,
il y a de fortes chances qu’il vous rit au nez en
vous répondant que « des truites sauvages,
y’en a eu, mais aujourd’hui y’en a plus
».
Sauvages ou natives
?
Avant d’aller plus loin et d’essayer
de faire le point sur cette question en toute objectivité,
il n’est sans doute pas inutile de définir
les termes que nous allons utiliser, de manière à
tous parler de la même chose. Le terme sauvage, par
exemple, peut recouvrir plusieurs notions et donc prêter
à confusion. Pour certains, il va signifier les truites
nées dans la rivière. Mais certaines peuvent
posséder dans leur ascendance des truites issues
d’alevinages. Elles sont donc nées dans la
rivière, mais ne sont pas « de souche »
comme on peut parfois l’entendre. Des truites sauvages,
c’est à dire nées dans la rivière,
nos cours d’eau en contiennent beaucoup. On peut même
dire que la majorité de celles qui peuplent les rivières
de premières catégories des régions
truiticolles sont issues de la reproduction naturelle et
sont donc sauvages. Mais ce n’est pas forcement ce
terme auquel pensent ceux qui clament la disparition des
truites sauvages. Ils parlent en fait des truites «
de souche », c’est à dire des truites
appartenant à la souche génétique que
la rivière en question a sélectionné
au cours des derniers millénaires. C’est pourquoi
le terme natives convient mieux que sauvages pour définir
ces truites et c’est celui que nous utiliserons ici.
Si la présence de nombreuses truites
sauvages (au sens de nées dans la rivière)
ne fait aucun doute dans les nombreuses rivières
des régions truiticolles (et si certains en doutent,
ils n’ont qu’à aller se promener au bord
des rivières en novembre pour y voir les truites
frayer puis à regarder les bordures à alevins
à partir de la fin du printemps), en est-il de même
pour les truites natives ? Ce qui peut revenir à
se demander si nous pêchons aujourd’hui les
« mêmes » truites que nos pères
et grands-pères avant nous. Avant de tenter une réponse,
essayons de comprendre pourquoi elles sont censées
être « portées disparues ». Lorsqu’on
discute avec les « prophètes de mauvaise augure
», deux raisons sont inévitablement avancées
pour expliquer ce phénomène. La dégradation
générale de nos cours d’eau et les alevinages.
La première est bien réelle. Mais il faut
aussi reconnaître qu’elle ne touche pas de manière
égale tous nos cours d’eau. Bon nombre sont
encore en état, et je ne peux ici que reprendre ce
que je disais le mois dernier sur le diagnostic général
du réseau hydrographique français traduit
par les PDPG départementaux et repris et communiqué
par le CSP (voir site internet du CSP pour plus de détail,
www.csp.environnement.gouv.fr).
On y découvre que seulement 15 % des rivières
à truites seraient dégradées, alors
qu’à l’opposé 25 % sont encore
en très bon état. Ceci dit, le fait qu’un
milieu soit perturbé ne fait pas disparaître
les truites natives. Car dans bon nombre des 60 % de rivières
perturbées, la reproduction naturelle fonctionne,
parfois même plutôt bien, et les abondances
de truites y sont parfois très satisfaisantes. Elles
ne sont simplement pas ce qu’elles devraient être,
ce qui est certes très important mais ce qui ne veut
surtout pas dire qu’il n’y en a plus et ce qui
représente donc une nuance de taille. Ce qui nous
amène à la seconde raison avancée pour
expliquer la supposée disparition des truites natives,
les alevinages. Chaque année, des quantités
très importantes de truites issues de diverses piscicultures
sont introduites dans nos rivières à différents
stades de développement, depuis les boites Vibert
jusqu’aux surdensitaires. Dans certains cas, ces quantités
peuvent être équivalentes voire supérieures
à celles des truites qui peuplent déjà
la rivière réceptrice. Or, ces truites sont
la plupart du temps génétiquement très
différentes de celles qui peuplent naturellement
nos rivières. De là à penser qu’elles
ont peu à peu remplacé nos populations natives,
il n’y a qu’un pas, que beaucoup n’ont
pas hésité à franchir (bien souvent
les même qui proclament que les alevinages ne fonctionnent
pas, alors qu’à les écouter, ils auraient
fait disparaître les truites natives, allez comprendre…).
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