De la nécessité
de protéger les frayères…
Les frayères donnent, par définition,
la vie et donc le futur stock de truite (espèce cible
dans le cas présent) à l’échelle
du bassin versant.
Il paraît donc évident que la préservation
et le respect de ces zones de fraie constituent la condition
sine qua non au bon état quantitatif de la population
de truites et donc qualitatif de notre loisir.
Avant de les préserver, sachons les reconnaître…
Les femelles ne choisissent pas les emplacements
de fraie au hasard, ceux ci doivent répondre à
certaines exigences biologiques :
Lits de galets ou graviers stables afin
d’assurer une relative stabilité en cas de
crue.
Diamètre de la granulométrie
adapté à leur capacité de ‘’creusement’’,
en général, ce diamètre est défini
comme celui d’une noisette à une noix.
La hauteur d’eau entre 15 et 30cm
mais aussi la vitesse du courant de 40 à 60cm par
seconde.
La bonne circulation de l’eau à
l’intérieur de la frayère qui assurera
une oxygénation des œufs soit, l’absence
de colmatage par des sables et limon !
En règle générale, les frayères
sont localisées :
En tête de radier (ou queue de
fosse encore appelée ‘’fin de plaine’’)
sur les rivières de plaine style Tarn, Lot, Dourbie
etc…
Sur les plats courants (queue de mouille)
sur les cours d’eau à forte énergie
style ruisseaux de l’Aubrac. A noter toutefois que
sur certaines rivières comme la Boralde de Flaujac,
les frayères sont bien souvent localisées
en bordure du lit.
En fonction des altitudes, les dates de
pontes interviennent généralement, en Aveyron,
de fin Octobre (Plateau Aubrac) à décembre/mi-janvier
(Sud Aveyron notamment).
Ajoutons que les dates de pontes cités ci dessus
sont rarement avancées en revanche, les truites peuvent
décaler le frai si une crue a eu lieu au tout début
de celui ci comme ce fut le cas en 2004.
La phase de ponte
est conditionnée par deux facteurs principaux :
La température.
L ’hydrologie.
Le frai des truites a lieu pour des températures
comprises entre 4 et 10°C.
Une fois la reproduction achevée,
il s’en suit une durée d’incubation des
œufs puis du développement embryonnaire qui
dépend de la température exprimée en
degrés-jour.
Le calcul des degrés jour est basé sur la
somme des températures moyennes journalières
de la zone intragravellaire.
La phase de développement intragravéllaire
se décompose en deux étapes :
L’incubation des œufs : 420
degrés-jour.
Le développement larvaire : de l’éclosion
à l’émergence de l’alevin 300
degrès-jour sont nécessaires.
A noter que durant la phase d’émergence,
les alevins restent inféodés à la frayère.
720 degrès-jour sont donc nécessaires
afin que l’alevin devienne autonome ; durant toute
cette période, tout piétinement de la frayère
aura des conséquences désastreuses sur la
vie intragravellaire !
Afin de connaître le régime
thermique hivernal des rivières aveyronnaises, la
fédération de Pêche dispose d’un
réseau de suivis ‘thermique’’ qui
permet, via des thermographes enregistreurs, de connaître
les dates d’émergence des alevins de truites.
Les thermographes sont de petits appareils munis d’une
sonde dont le degré de précision est de 0.5°C
et qui vont effectuer, en fonction du pas horaire choisi
(en l’occurrence ici 1 relevé par heure), un
relevé de la température.
Si vous tombez sur ce type d’engin :
pas touche ! c’est vos cotisations
qui financent ces appareils à 270 € pièce.
Une fois posé en début d’automne,
il ne reste plus qu’a connaître la date médiane
de ponte (sans prendre en compte les reproducteurs précoces
ou les retardataires) grâce au réseau de surveillance
des frayères.
Exemples :
La Dourbie dans sa partie basse et haute.
Les résultats montrent que les alevins
sont en pleine émergence lors de l’ouverture
de la pêche et qu’ils sont susceptibles d’être
piétinés par nos waders pendant, grosso modo,
1 bon mois jusqu’à leur autonomie.
Devant cet état de fait, on peut légitimement
se poser, en guise de conclusions, quelques questions :
Doit on compter sur l’éducation
puis le civisme du pêcheur afin qu’il évite
de passer sur les frayères qui sont, faut il le
rappeler, les rares endroits où l’on peut
traverser les grandes rivières à l’ouverture
et au début du printemps ?
Doit on interdire le wading jusqu’au
15 avril sur le département ? cela ne va t’il
pas favoriser tel mode de pêche au détriment
d’autres ?
Un sondage effectué l’an dernier
sur pecheaveyron tendrait à montrer qu’une
large majorité d’internautes-pêcheurs
(83%, 160 votants) - mais est ce représentatif ?
- serait prêt à accepter l’interdiction
du wading pendant au moins 1 mois.
Le réseau de suivi thermique hivernal
se poursuit sur le département ; les données
ainsi recueillies constitueront de précieux arguments
pour les gestionnaires de la pêche associative aveyronnaise
dans leur futur choix de gestion.
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