
Photo : José-A. TORRES (c)
Les membres de la Fédération
départementale de pêche, et son directeur en
tête, Bernard Gillhodes, sont confrontés à
un choix difficile.
Et ce à cause d'une tortue de taille
respectable (environ vingt-cinq centimètres) pêchée
la semaine dernière dans l'Aveyron au moulin de Couderc,
tout près de Belcastel. En effet, la tortue gloutonne,
qui s'est fait un régal des vers que M. CHAPERON venait
de plonger dans l'eau, a étonné tous ceux qui
depuis l'ont approchée. Car loin des espèces
traditionnellement rencontrées dans nos contrées,
ce reptile offre avec son long cou, son museau effilé,
ses yeux globuleux, ses pattes munies de trois doigts terminés
par des griffes et sa carapace molle, une physionomie qui
laisse même pantois la responsable du schéma
piscicole de l'Aveyron, Martine GUILLEMET.
C'est là que le bât blesse.
Mettre avec, certitude un nom sur cet individu s'avère
un véritable casse-tête. Les recherches sur des
sites internet consacrés aux tortues ainsi qu'auprès
d'associations spécialisées dans sa protection
tendent cependant toute vers la même hypothèse,
celle de la trionyx spiniferus, autrement appelée trionyx
épineux, un prédateur
redoutable et patient.
Cette dernière supposition inquiète
d'ailleurs Bernard GILHODES : " Tout ce que nous savons
aujourd'hui, c'est que cet animal n'a rien à faire
dans ce milieu aquatique". Nous allons attendre de voir
s'il en existe d'autres sur le bassin. Quoi qu'il en soit,
nous allons la conserver vivante jusqu'à ce que nous
prenions une décision sur son futur. " Pour l'hydrobiologiste,
Martine GUILLEMET il s'agit de rester prudent : " Les
caractères de ressemblance visuelle sont intéressants
mais pas assez fiables pour l'identifier avec certitude.
Nous ne savons pas non plus à quel
stade de son évolution elle est. Et des caractéristiques
peuvent avoir évolué en fonction du milieu dans
lequel elle se trouve. " D'autant que ce charmant reptile,
doté d'une vivacité surprenante, est doué
d'une grande capacité d'adaptation. En effet, des trionyx
ferox (l'une des vingt-cinq espèces qui composent la
famille des trionychidae) avaient été introduites
en Haute Bavière (Allemagne) en 1913.
Devant les dégâts qu'elles occasionnaient
dans la population des piscicultures voisines, leurs propriétaires
avaient essayé de s'en débarrasser en vain et,
malgré la température peu propice à leur
existence, ces chéloniens perduraient encore jus qu'au
début de la Première guerre mondiale. Depuis,
seules quelques associations en possèdent des spécimens.
C'est dire la rareté de ce carnivore
aquatique et la difficulté du choix qui s'impose donc
à la fédération de pêche. Il faudra
avant tout déterminer précisément son
espèce. L'une des difficultés étant de
trouver le bon interlocuteur (association ou Muséum
d'Histoire naturelle) et surtout de décider du sort
de cet individu probablement " égaré "
en Aveyron, en essayant au maximum de préserver cet
élément de connaissance rare en Europe.
Conservé dans une cage depuis sa capture
et dans l'eau par les responsables de la fédération,
l'animal pourrait avoir une dizaine d'années. Si elle
appartient à l'espèce des trionyx épineuses,
elle a besoin de se nourrir au moins trois fois par semaine
et consomme environ 5 % de son poids en proies. Bien que capable
de s'adapter à une chute de la température,
elle a néanmoins besoin de bains de soleil. Elle devrait
pouvoir bientôt en profiter, A " Cupulatta "
ayant proposé de venir la chercher à Rodez afin
qu'elle puisse couler des jours paisibles sur l'île
de Beauté.
Eric MARTY
Source Centre Presse : jeudi 25 juillet 2002.
Et oui après la
bête du Gévaudan en Lozère : La tortue
de l'Aveyron.
|